slide-page-768-d42b10

Mémoire du Capucin Epiphane à Moirans-en-Montagne (Jura) :

" Actes criminels, d'injustice, d'oppression, de cruauté, d'inhumanité et d'impiétés perpétrés sur des esclaves en un tel nombre et si énormes"

Condamnation du capucin Epiphane dans "défense juridique de la liberté naturelle des esclaves"

Portrait de capucin, ordre fondé en 1528 

 

Épiphane Dunod, dit souvent Épiphane de Moirans (en espagnol « Fray Epifanio »), originaire de  Moirans-en-Montagne est un religieux de l'ordre des Capucins qui partit dans le Nouveau-Monde où  il s'insurgea contre l'esclavage des Noirs pratiqué en Amérique par les Européens.

Sa condamnation d'une virulence extrême au nom des principes de la religion lui valut l'arrestation, l'expulsion puis un procès en Espagne.

Carte du nouveau monde et du bassin de la CaraïbeIl entra en 1665 au couvent des capucins de Vesoul. Après onze ans d'études, il obtint un diplôme d'« orator », et en 1676 une lettre d'obédience du provincial pour la mission de Cayenne. Mais celle-ci fut occupée cette même année par les Hollandais.

Il séjourna à la Martinique en 1678 où il y fut choqué par la conduite du gouverneur de Blénac à l'égard des Noirs, puis à la Grenade alors française.

En 1679,  il passe en territoire espagnol, dans la province de Cumaná. Il fut partout indigné par le spectacle de l'esclavagisme y découvrant les mêmes « actes criminels d’injustice, d’oppression, de cruauté, d’inhumanité et d’impiété perpétrés sur les esclaves » .

En novembre 1680, il fut arrêté comme « espion du roi de France », mis aux fers, et envoyé à La Havane. Il y rencontra un capucin aragonais, Francisco José de Jaca, qui militait lui aussi contre l'esclavage.

Tous deux déclaraient cette institution illégitime et refusaient l'absolution aux maîtres qui ne s'engageaient pas à libérer leurs esclaves. Arrêtés, ils furent expédiés en Espagne sur deux galions séparés et arrivèrent à Cadix,  le 4 octobre 1682.

Pour les deux religieux la traite et l’esclavage sont contraires au droit divin. Et ils exigent, entre autres : « l’abolition totale de l’esclavage des Noirs ; l’octroi aux Noirs des terres qu’ils ont labourées ; le dédommagement pécuniaire à chacun pour les mauvais traitements subis ; et les paiements, restitutions et dédommagements à transférer aux ayants droit des esclaves déjà décédés, sans limitation ni du temps écoulé à partir de l’abolition ni du nombre de générations s’étant succédé depuis. »

Scène de maltraitance d'esclave.

Commença alors un procès devant le Conseil des Indes, puis le Conseil d'État. Relégués, Épiphane à Séville, José à Valladolid, tous deux demandèrent à se rendre à Rome pour plaider la liberté des Noirs. Ils mettaient en cause les fondements de l'esclavage.
Parvenue devant le Saint-Office, l'affaire n'eut pas de suite. Les deux religieux furent libérés en mai 1685, et Épiphane gagna la France, sa province de rattachement. Il mourut au couvent de Tours en janvier 1689, âgé seulement de quarante-quatre ans.

Il a laissé un mémoire en latin qu'il rédigea en décembre 1681 et janvier 1682 alors qu'il était enfermé dans un couvent à La Havane, à l'intention principalement du roi Charles II. Intitulé Servi liberi seu Naturalis mancipiorum libertatis justa defensio ou Les esclaves libres, ou La défense juridique de la liberté naturelle des esclaves, il a été conservé en manuscrit aux Archives Générales des Indes à Séville et n'a été redécouvert qu'en 1982.

Actualités

Voir toutes les actualités